Publication des données scientifiques sur le baccharis

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Cet article de Guillaume Fried (ANSES) a été publié en avril 2016 dans la revue Botany letters. Il a été traduit en français par Anne Morel (Collectif Anti-baccharis et Bretagne Vivante) et constitue un important résumé des données scientifiques sur cette espèce. Il pourra aider tous les acteurs de la lutte anti-baccharis et devrait favoriser l’élaboration d’un plan national de lutte contre le baccharis.

 

 

Baccharis. Avec le soutien de Barbara Pompili – art Le Télégramme

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Baccharis. Avec le soutien de Barbara Pompili

Publié le 09 juin 2016 Laurent Guenneugues

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Daniel Lasne (à gauche), appuyé par Luc Foucault (à droite), a expliqué à Barbara Pompili (au centre) les techniques mises au point par le collectif pour lutter contre le baccharis. (Photos François Destoc)

 

Barbara Pompili, la secrétaire d’État à la biodiversité, était de passage autour du golfe, hier après-midi. Après avoir rencontré les élus du Parc naturel régional à Sarzeau, elle est allée soutenir le Collectif anti-baccharis, à Séné.

 

Depuis deux ans, les 80 bénévoles du Collectif anti-baccharis sont à pied d’oeuvre à Séné. Deux fois par mois, ils se retrouvent pour des chantiers d’arrachage de cette plante invasive venue d’Amérique du nord. Leur collectif a fait des petits, à Larmor-Baden et Baden, Saint-Armel… D’autres sont aussi en train de se monter à Arzon et Damgan.

 

« Une France qui se bouge »

Seize hectares de la commune de Séné sont touchés. Les bénévoles espèrent en venir à bout dans cinq ans, même s’il faudra continuer à surveiller le territoire par la suite. Hier soir, ils ont eu un soutien de poids dans leur combat, apporté par Barbara Pompili au marais de Morboul : « Vous représentez une France qui se bouge, qui agit en collectif et qui invente des solutions, une France qui ose et qui avance ». Daniel Lasne, vice-président du collectif, l’a accueillie et lui a présenté l’outil qu’il a mis au point pour arracher les plantes quand elles ont pris de l’épaisseur. Une sorte de fourche, avec un plateau d’appui et une rotule pour faire un effet de levier. Il l’a baptisé la baccharrache. Et la secrétaire d’État à la biodiversité a joint le geste à la parole en l’aidant à arracher deux plants. « Cela fait deux ans et demi que l’on a monté le collectif, explique Daniel Lasne. Petit à petit, on trouve de nouvelles techniques pour gagner en efficacité et économiser de l’énergie. Pour les plants les plus gros, depuis un an, on les coupe, on les perce et on met du gros sel dedans pour qu’ils ne repoussent pas ».

Du gros sel non homologué

Problème : cette technique n’est pas encore homologuée au niveau européen. Il en a fait part à la secrétaire d’État, qui leur a répondu : « J’ai bien noté vos problèmes avec l’utilisation du sel. Croyez que je vais tout faire pour vous aider à trouver une solution à cette question ». Autre doléance exprimée par Patrice Pervez, le président du collectif au niveau national : « Auparavant, une personne-ressource s’occupait de ces questions au ministère, mais elle est partie depuis six mois et elle n’a pas été remplacée ». Réponse de la secrétaire d’État : « On a été très pris par la loi biodiversité… Mais on s’est effectivement rendu compte qu’il n’y avait plus d’équipe, ce qui est gênant. On va s’en occuper ».

Un plan global annoncé

Barbara Pompili était aussi et surtout venue annoncer un plan global contre les espèces exotiques envahissantes, qui peuvent être des plantes (baccharis, jussie, herbe de la pampa, etc.), mais aussi des espèces animales (ragondin, rat musqué, vison d’Amérique, ibis sacré, etc.). Elle s’est engagée « à ce que, d’ici novembre, la France dispose d’une législation en conformité avec la réglementation européenne adoptée en octobre dernier, et d’une stratégie efficace pour lutter contre les espèces exotiques envahissantes ». Un plan qui pourra s’appuyer sur ces initiatives citoyennes : « Vous avez compris l’urgence et vous relevez vos manches, chaussez vos bottes et créez des outils adéquats… Je n’oublierai jamais le baccharrache ! ».

© Le Télégramme – http://www.letelegramme.fr/morbihan/vannes/baccharis-avec-le-soutien-de-barbara-pompili-09-06-2016-11101028.php

La lutte contre le Baccharis halimifolia : obligatoire prochainement.

couv-sénat-francaisLa réglementation sur les espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’UNION devrait prochainement s’appliquer. Une liste est établie et elle contient le Baccharis halimifolia. Elle a été présentée au Parlement Européen. Toutefois celui-ci l’a jugée trop restrictive et a demandé à la commission de revoir sa copie (cliquez sur ce lien). Si le parlement accepte que cette liste provisoire soit publiée et qu’ensuite elle soit enrichie, sa publication devrait se faire sans délai. Ci-après nous précisons qu’elles seraient les conséquences pour la lutte contre le Baccharis.

Les mesures de gestion qui deviendront obligatoires

Dans un délai de dix-huit mois l’administration française devra mettre en place des mesures efficaces de gestion du Baccharis halimifolia, afin que ses effets sur la biodiversité, soient réduits au minimum.
Ces mesures de gestion seront proportionnelles aux effets sur l’environnement et reposeront sur une analyse des coûts et des avantages et comprendront également, dans la mesure du possible, les mesures de restauration citées ci-après.
Elles sont à classer par ordre de priorité sur la base de l’évaluation des risques et de leur rapport coût-efficacité.
Les mesures de gestion consistent en des actions physiques, chimiques ou biologiques, létales ou non létales, visant à l’éradication, à la régulation de la population de B. h.
Le cas échéant, les mesures de gestion comprendront des actions appliquées à nos écosystèmes littoraux afin d’accroître leur résilience aux invasions actuelles et futures (par exemple la mise en place d’éco-pâturage).

Une restauration des écosystèmes endommagés

La France devra prendre des mesures de restauration appropriées afin de contribuer au rétablissement des écosystèmes qui ont été dégradés, endommagés ou détruits par le Baccharis halimifolia sauf à prouver qu’une analyse coûts-avantages démontre, sur la base des données disponibles et avec un degré de certitude raisonnable, que les coûts de ces mesures seraient exceptionnelleEco-paturage-sur-marais-salant-webment élevés et disproportionnés par rapport aux avantages de la restauration.

Ces mesures de restauration comprennent au minimum:

  1. des mesures visant à accroître la capacité de nos écosystèmes exposés aux perturbations causées par la présence du Baccharis halimifolia à résister aux effets de ces perturbations, à les absorber, à s’y adapter et à s’en remettre;
  2. des mesures visant à soutenir la prévention de toute nouvelle invasion à la suite des campagnes d’éradication.

Un règlement européen est d’application immédiate.

Rappelons qu’un règlement revêt une portée générale, et est obligatoire dans tous ses éléments et est directement applicable dans tous les pays de l’Union européenne (UE). Un règlement doit être intégralement respecté par ceux ou celles à qui il s’applique. Il s’agit d’un acte juridique contraignant pour :

  • les institutions de l’UE;
  • les pays de l’UE; et
  • les particuliers auxquels il s’adresse.

Cela signifie:

  • qu’il s’applique immédiatement en tant que norme dans l’ensemble des pays de l’UE sans devoir être transposé dans le droit national;
  • qu’il crée des droits et obligations pour les particuliers qui peuvent, par conséquent, directement l’invoquer devant les juridictions nationales;
  • qu’il peut être utilisé en tant que référence par les particuliers dans leur rapport avec d’autres particuliers, les pays de l’UE ou les autorités européennes.

Il est applicable dans tous les pays de l’UE à compter de la date de son entrée en vigueur (la date définie dans l’acte ou, à défaut, vingt jours après sa publication au Journal officiel). Concrètement, son entrée en vigueur correspondra au vote par le parlement européen de la liste des espèces envahissantes préoccupantes pour l’UNION. Ses effets juridiques s’imposent dans l’ensemble des législations nationales, et ce de manière simultanée, automatique et uniforme.

L’avancée de la législation en France

En France, le parlement a été saisi d’un projet de loi sur la biodiversité. Il est passé au Sénat et devrait être soumis à l’assemblée nationale. Dans son Article 59 bis AB (nouveau) section 3, il précise :

« Contrôle et gestion de l’introduction et de la propagation de certaines espèces animales et végétales

« Sous-section 1 : « Contrôle de l’introduction dans le milieu naturel de spécimens appartenant à certaines espèces animales et végétales indigènes

« Art. L. 411-5. – I. – Afin de ne porter préjudice ni aux milieux naturels ni aux usages qui leur sont associés ni à la faune et la flore sauvages, est interdite l’introduction dans le milieu naturel, volontaire, par négligence ou par imprudence de tout spécimen de l’une des espèces animales ou végétales désignées par l’autorité administrative.

« Sous-section 3 « Lutte contre les espèces animales et végétales introduites

« Art. L. 411-9. – Dès que la présence dans le milieu naturel d’une des espèces mentionnées à l’article L. 411-6 ou à l’article L. 411-7 est constatée, l’autorité administrative peut procéder ou faire procéder à la capture, au prélèvement, à la garde ou à la destruction des spécimens de l’espèce introduite. Les dispositions de la loi du 29 décembre 1892 sur les dommages causés à la propriété privée par l’exécution des travaux publics s’appliquent à ce type d’intervention.

Cette loi précise les conditions d’intervention chez les propriétaires particuliers. Elle autorise après publication d’un arrêté préfectoral les interventions chez les particuliers, pour y faire les recensements voire des opérations d’éradications.

Fortes de cette législation, les communes pourront agir pour sensibiliser la population, faire des inventaires chez les particuliers, voire intervenir chez eux.

Nous suivons avec la plus grande attention l’évolution de ce dossier aux parlements européen et français.

Test de la méthode de traitement des souches au gros sel marin

La méthode de traitement au sel marin est particulièrement efficace. Elle demande cependant d’être pratiquée rigoureusement.

La dévitalisation au gros sel marin est pratiqué de longue date par les paludiers de Guérande. Nous souhaitons en préciser la méthodologie.

Le problème posé

Après une coupe à la tronçonneuse, sur les pieds âgés possédant une souche de diamètre ≥ à 5 cm, les repousses sont vigoureuses et interviennent très rapidement (15 jours environ en période de pousse. La plante puise dans ses réserves racinaires pour émettre un nouveau système foliaire. L’arrachage demanderait l’usage d’engins agricoles qui ne peuvent pas pénétrer facilement dans des marais salants. Par ailleurs, il faut rechercher une méthode de lutte qui évite l’usage de produits phytosanitaires sur des zones naturelles. Nous avons en cours le test d’une méthode de lutte au gros sel marin.

Une méthode traditionnelle connue pour son efficacité

En effet, les paludiers (sauniers) ont pu vérifier de longue date que le fait de déposer un petit tas de sel sur un plant coupé au ras du sol permettait de l’éliminer. La méthode que nous avons en cours de test est un peu différente car nous ne disposons pas de quantités illimitées de gros sel et il convient de trouver une méthode plus économe.

La méthode testée

Perçage de souche de Baccharis

Perçage de souche de Baccharis

Sur les souches mesurant plus de 5 cm de diamètre, nous avons effectué un ou plusieurs trous à l’aide d’une perceuse munie d’une mèche de 12 mm de diamètre. Nous les avons ensuite remplis les trous de gros sel.

Au mois d’octobre, les souches n’ont pas fait de repousses significatives contrairement aux souches non traitées. La méthode c’est ici montrée particulièrement efficace.

Ce travail est long à pratiquer et un membre du Collectif a remplacé les trous à la perceuse par des entrailles à la tronçonneuse. Il a ensuite recouvert les entailles de vase de marais pour les protéger. Cette méthode s’est avérée inefficace  et de nombreuses repousses sont apparues 3 semaines après le traitement.

Forts de ces expériences, nous conseillons de percer des trous de 20 mm de diamètre et profond de 5-6 cm. Pour augmenter la productivité du travail nous pensons utiliser désormais des perceuses sans fil puissante : soit à moteur thermique soit électrique avec de grosse batteries.

Dans l’île de Boëd dans le golf du Morbihan, une expérimentation conduite par Claudine FORTUNE sous l’égide du C.G. du Morbihan montre elle-aussi une grande efficacité du gros sel : 100 % des pieds traités, soit par des monticules de sel soit par des trous à la perceuses ont disparu.

Lire l’étude  : Boëd2008_Trait.Sel.CFortune

Remarque :

Pour faciliter le perçage : la coupe de l’arbuste être franche, de préférence à l’horizontal, et à 7-8 cm du sol.

Après cette première expérience, nous pensons qu’il convient de tester les points suivants :

  • L’injection de saumure dans les trous (sel dissous dans peu d’eau), ne serait-elle pas efficace ?
  • En période pluvieuse, faut-il couvrir les souches traitées : agrafage d’une protection contre la pluie ?

Une lettre envoyée au Bureau de la Ministre de l’environnement

Suite à la rencontre avec Mme la Ministre Ségolène royale à Séné, une lettre officielle a été envoyée.

LettreElle a été envoyée à la triple qualité de :

  •  maire et citoyens de la commune de Séné ayant initié une opération d’élimination du baccharis sur toute la commune par des chantiers bénévoles.
  • association Bretagne Vivante qui a mené de nombreuses actions sur le thème des espèces invasives en Bretagne (séminaires, chantiers,..)
  • Collectif national Anti-baccharis qui s’est constitué récemment (voir le site internet de présentation en note)

Elle précise que le projet d’arrêté interdisant la commercialisation du Baccharis halimifolia pourrait être rapidement publié. Les rédacteurs proposent  que les espèces faisant l’objet de trop fortes réticences (de la part des pépiniéristes)  soient retirées provisoirement du projet d’arrêté afin que celui-ci puisse être signé rapidement. Les signataires précisent en particulier que l’espèce barcharis halimifolia » n’est pratiquement plus commercialisée par les pépiniéristes). Cet arrêté pourra par la suite être complété pour une mise en conformité avec le règlement européen.

Le Collectif a remis son dossier à Mme la Ministre de l’Environnement

C’est sous des cieux peu cléments que nous nous sommes rendus ce matin sur un chantier d’arrachage de Baccharis à Séné (près de Vannes). Toutefois, nous avons été récompensé au-delà de nos espérances. Il était programmé le tournage d’un petit reportage sur le travail que réalise l’équipe locale animée par Daniel Lasne de Bretagne Vivante et par la Commission environnement de la commune de Séné (2 journées de chantier par mois). Daniel Lasne est membre de notre Collectif.

Mme la Ministre entourée de l'équipe anti-baccharis de Séné

Mme la Ministre entourée de l’équipe anti-baccharis de Séné

Notre Ministre de l’Environnement avait prévu de venir ce week-end en Morbihan. Les excellentes relations que Daniel Lasne a gardé au sein de son Ministère (où il travaillait encore il y a peu) et l’engagement du Maire de Séné ont permis d’orienter la Ministre vers une visite du chantier d’arrachage.

Nous avons donc pu lui montrer comment les habitants du littoral se mobilisaient sur le terrain, lui présenter nos arguments et nos demandes pour la lutte contre la Baccharis. Daniel Lasne lui a remis le projet d’arrêté ministériel qui dormait dans les tiroirs. Par ailleurs, Patrice Pervez lui a remis en mains propres un dossier contenant tous les éléments déjà rédigés : Manifeste, Qui sommes-nous, lettre ouverte et la liste des associations déjà adhérentes. Elles nous a accordé une oreille attentive et bienveillante.

Nous avons ainsi établi un contact direct avec le Cabinet de la Ministre, ce qui sans préjuger de l’avenir, est un sérieux pas en avant pour notre cause.

Nous allons poursuivre nos sollicitations sans relâche.